Dossier SBNFA™ · Version 1.1 du
Gil Ayache, PhD — Mines Paris – PSL · cofondateur et président de Blue Portance

Quatre principes fondateurs

En bref. Sur quoi repose l’évaluation biomécanique d’une assise ? Sur quatre principes observés dans les positions naturelles : la variabilité motrice, les flux tissulaires, l’indépendance segmentaire et la régulation autonome de l’équilibre. Une bonne assise préserve le potentiel d’adaptabilité : l’ensemble des ajustements posturaux et tissulaires qui restent accessibles à la personne assise.

Ce deuxième chapitre du dossier expert présente les quatre principes fondateurs du référentiel SBNFA™ — variabilité motrice, flux tissulaires, indépendance segmentaire, régulation autonome — avec, pour chacun, la littérature mobilisée, ce qu’elle établit et la limite de sa transposition à l’assise.

Il définit le potentiel d’adaptabilité en position assise, le distingue de l’adaptabilité (posturale et tissulaire) et de la réserve adaptative posturale, présente la boucle sensorielle et proprioceptive, et montre comment les principes se traduisent en sept fonctions, à travers un système d’étiquettes de statut de preuve.

Introduction

Toute grille d’évaluation repose sur des principes qui ne sont pas eux-mêmes évalués. Ceux du référentiel SBNFA™ sont au nombre de quatre : la variabilité motrice, les flux tissulaires, l’indépendance segmentaire et la régulation autonome. Ce chapitre les présente comme des principes fondateurs [PROPOSITION SBNFA] : une lecture fonctionnelle de phénomènes documentés, dont la transposition à l’assise doit être discutée et éprouvée.

Ces principes ne remplacent pas la grille. Ils en guident la construction SBNFA : chacune des sept fonctions et des dix-neuf variables présentées au chapitre 3 (grille d’évaluation des assises dynamiques) se rattache à l’un d’eux, ou à la contrainte spécifique de la compression prolongée. Leur formulation évolue avec la littérature ; leur rôle est d’expliquer pourquoi une capacité est évaluée, avant de dire comment elle est cotée.

Pour chacun, ce chapitre indique la littérature mobilisée, ce qu’elle établit dans son contexte d’étude et ce que le référentiel en tire pour l’assise [1].

1. Les positions naturelles : un point de départ, pas une preuve

Le référentiel prend pour point de départ la comparaison entre la position assise et les positions naturellesPositions naturellesRépertoire de positions et de transitions dans lesquelles le corps peut continuer à ajuster son équilibre et ses appuis.Lire la fiche complète : Positions naturelles : debout, accroupi, à genoux, en tailleur, en mouvement. Ce sont des configurations dans lesquelles le corps conserve une capacité de réglage, de redistribution des charges et de régulation active.

Positions naturelles
Illustration 2 — Positions naturelles. [PROPOSITION SBNFA] Positions naturelles : variabilité des appuis, régulation active de l’équilibre postural, indépendance et mobilité segmentaires. Ouvrir en pleine définition

Une position naturelle n’est pas une forme géométrique stable. Elle repose sur des ajustements continus, une liberté relative des segments et une répartition des contraintes qui ne s’épuise pas dans un seul point d’appui. C’est cette définition — fonctionnelle et non géométrique — qui sert de contrôle de cohérence à l’ensemble du benchmark.

L’étude de Raichlen et de ses collaborateurs (PNAS, 2020) sur les Hadza de Tanzanie illustre la différence entre repos et immobilité : les adultes y passent une part notable de leur repos non ambulatoire en position accroupie, posture dans laquelle l’activité musculaire reste supérieure à celle observée sur une chaise [2]. [ÉTABLI] Cette observation décrit des postures de repos dans une population donnée. Elle n’établit pas qu’une assise devrait reproduire l’accroupi.

Bernstein, de son côté, a montré plus largement que la coordination posturale repose sur la gestion dynamique des degrés de liberté du corps plutôt que sur leur blocage [3].

Principe fondateur du référentiel : une analogie avec les positions naturelles n’est pas une preuve. Elle sert à identifier les fonctions à instruire ; chaque mécanisme et chaque effet attendu doivent ensuite être documentés selon leur propre niveau de preuve.

2. Principe 1 — La variabilité motrice

Le vivant ne fonctionne pas par immobilité prolongée, mais par ajustements, micro-corrections et changements de stratégie posturale. Transposée à l’assise, ce premier principe signifie qu’un dispositif ne devrait pas imposer une géométrie fixe, mais autoriser le déplacement discret du bassin, du tronc et des membres sans imposer un effort de contrôle trop élevé.

Stergiou et ses collaborateurs (Journal of Neurologic Physical Therapy, 2006) ont proposé de considérer la variabilité du mouvement non comme un bruit à supprimer, mais comme une caractéristique de systèmes sains, évoluant dans une plage optimale : trop peu de variabilité, comme trop de désordre, s’accompagnerait d’une capacité d’adaptation réduite [4, 5]. [ÉTABLI] Ce cadre théorique est discuté dans la littérature du mouvement humain, principalement pour la marche et le contrôle moteur.

[PROPOSITION SBNFA] Sa transposition à l’assise conduit à quatre exigences : le maintien de degrés de liberté suffisants, la possibilité de micro-mouvementsMicro-mouvementsDéplacements de faible amplitude pouvant participer aux ajustements posturaux continus et faire varier les appuis et les contraintes sans changement complet de position.Lire la fiche complète : Micro-mouvements spontanés, le réajustement postural sans rupture de stabilité et la diversité des appuis au cours du temps.

Ce principe alimente la fonction 1 (préservation du potentiel d’adaptabilitéPotentiel d’adaptabilitéPossibilités accessibles à une personne dans une situation donnée pour modifier son organisation posturale et faire varier les contraintes exercées sur les tissus, sans perdre son équilibre ni concentrer durablement ces contraintes.Lire la fiche complète : Potentiel d’adaptabilité) et la fonction 2 (gestion des compensations). Le point décisif est celui de la gouvernance du mouvement : qui l’initie, qui en choisit la direction, l’amplitude, la vitesse et l’arrêt ? Pynt (Journal of Bodywork and Movement Therapies, 2015) propose de définir l’assise dynamique par une action fournie par la personne assise et accompagnée par le mécanisme du siège [6]. C’est cette définition qui soutient la distinction, au cœur du référentiel, entre un mouvement piloté par le sujet et un mouvement produit ou orienté par l’assise.

Cette définition fonde, dans la grille, la distinction entre ADP-1 (pilotage du changement par le sujet) et ADP-2 (résolution mécanique de l’interface).

3. Principe 2 — Les flux tissulaires

Les tissus vivants ont besoin de circulation, d’oxygénation, de relance mécanique et d’alternance entre compression et décompression. Une pression continue sur les zones d’appui — ischions, coccyx, cuisses, plancher pelvienPlancher pelvienLe plancher pelvien est un ensemble profond de muscles et de tissus conjonctifs situé à la partie inférieure du bassin. Il contribue au soutien des organes pelviens, aux fonctions sphinctériennes et à la coordination mécanique du complexe abdomino-pelvien.Lire la fiche complète : Plancher pelvien — freine ces flux et peut provoquer une surcharge locale.

Ce principe se traduit par la décharge des structures sensibles, la répartition des pressions, la réduction des pics d’appui et l’alternance fonctionnelle des zones de charge. La qualité d’une assise dépend donc de la manière dont elle répartit la charge dans l’espace, mais aussi dans le temps. Les critères d’évaluation ergonomique des sièges de travail ont de longue date intégré la répartition des appuis [7].

Deux sources documentent le fondement biologique. Landis a mesuré la pression capillaire dans la peau humaine par micro-injection dès 1930 [8] : c’est le fondement historique de l’étude des effets d’une compression prolongée sur la perfusion tissulaire. Lengsfeld et ses collaborateurs (Clinical Biomechanics, 2000) ont examiné les variations de charge rachidienne en assise dynamique rotative [9] ; il s’agit d’une étude exploratoire portant sur un seul sujet. Enfin, Langevin et ses collaborateurs (BMC Musculoskeletal Disorders, 2011) ont rapporté une réduction du glissement fascialGlissement fascialLe glissement fascial est le déplacement relatif des couches de fascia les unes par rapport aux autres, et par rapport aux muscles, aux nerfs et aux vaisseaux voisins, à chaque mouvement du corps.Lire la fiche complète : Glissement fascial thoraco-lombaire chez des personnes souffrant de lombalgie chroniqueLombalgieLa lombalgie est une douleur du bas du dos, située entre la charnière thoraco-lombaire et le pli fessier. Dans la grande majorité des cas, elle est dite commune : elle est d’origine mécanique et ne relève pas d’une maladie grave.Lire la fiche complète : Lombalgie [10], étude corrélationnelle.

[ÉTABLI] Ces travaux établissent que la compression, la perfusion et le glissement tissulaire sont des paramètres pertinents pour la tolérance à l’appui. [PROPOSITION SBNFA] Le référentiel en tire l’exigence de répartir les pressions dans l’espace et dans le temps. Il n’en déduit aucun seuil d’ischémie : aucun seuil universel ne peut être déduit d’une analyse multicritère, et toute affirmation sur la perfusion ou la santé tissulaire d’un utilisateur relève d’études biologiques spécifiques.

4. Principe 3 — L’indépendance segmentaire

Le corps humain est une chaîne cinématique, non un bloc monolithique. Le bassin, les hanches, le tronc et le rachis doivent pouvoir coopérer sans être mécaniquement fusionnés par le siège. C’est l’objet du troisième principe, l’indépendance segmentaire.

Hasegawa et Dubousset (Spine Surgery and Related Research, 2022) décrivent une « chaîne de l’équilibre » qui relie les membres inférieurs, le bassin — considéré comme une « vertèbre pelvienne » —, le rachis et la tête [11]. Barrey et ses collaborateurs (European Spine Journal, 2013) analysent, pour leur part, les mécanismes compensatoires par lesquels le bassin et le rachis maintiennent l’équilibre sagittal [12]. Vleeming et ses collaborateurs (Journal of Anatomy, 2012) synthétisent l’anatomie et la fonction de l’articulation sacro-iliaqueArticulation sacro-iliaqueL’articulation sacro-iliaque relie le sacrum à l’os iliaque, de chaque côté du bassin. Articulation vraie, très stable et de très faible amplitude, elle transmet et répartit les contraintes entre le tronc et les membres inférieurs.Lire la fiche complète : Articulation sacro-iliaque [13].

[ÉTABLI] Ces travaux décrivent, pour la station debout et la chirurgie du rachis, le bassin comme relais central de la chaîne de compensation ; ils décrivent aussi l’articulation sacro-iliaque comme une articulation de faible amplitude au rôle fonctionnel important dans le transfert des charges. [PROPOSITION SBNFA] Le référentiel en tire, par transposition fonctionnelle, qu’une interface doit laisser s’exprimer la coopération entre segments plutôt que fixer le bassin comme une base inerte.

Une précision de principe : l’incidence pelvienneIncidence pelvienneL’incidence pelvienne est un angle anatomique propre à chaque individu, fixé à la maturité squelettique. Elle conditionne en grande partie l’organisation sagittale du bassin et du rachis et ne varie pas avec la posture.Lire la fiche complète : Incidence pelvienne est un paramètre morphologique du sujet. L’assise peut modifier l’orientation fonctionnelle du bassin, non l’incidence anatomique. C’est pourquoi le rapport de 90° entre bassin et fémur n’est pas retenu comme norme : c’est une hypothèse fonctionnelle, à individualiser.

Ce principe alimente la fonction 3 (mobilité du bassinMobilité du bassinLa mobilité du bassin est sa capacité à changer d’orientation par rapport au rachis et aux fémurs : vers l’avant ou vers l’arrière (antéversion, rétroversion), sur le côté (bascule latérale) et en rotation.Lire la fiche complète : Mobilité du bassin dans les trois plans) et éclaire les fonctions 2 et 7, où l’indépendance des segments se traduit en observables : rotulation rachis–pelvis, accompagnement indépendant des régions en appui.

5. Principe 4 — La régulation autonome

[PROPOSITION SBNFA] « Autonome » désigne ici la régulation posturale du sujet, sans trajectoire imposée par le support. Ce terme ne démontre pas une activation du système nerveux autonome, ni un bénéfice sous-cortical provoqué par l’assise.

Régulation posturale : un équilibre dynamique au service de l’adaptabilité
Illustration 3 — Régulation posturale : un équilibre dynamique au service de l’adaptabilité. [PROPOSITION SBNFA] Régulation active de l’équilibre postural : informations sensorielles, ajustements segmentaires et espace d’équilibre. Ouvrir en pleine définition

Le corps ajuste constamment sa posture à partir de ses retours sensoriels. Une assise doit donc offrir une zone de stabilité dynamique : assez de soutien pour éviter l’effondrement postural, assez de liberté pour permettre au système nerveux de corriger et de réorganiser la posture sans surcharge.

Peterka (Journal of Neurophysiology, 2002) a proposé un modèle d’intégration sensorimotrice du contrôle posturalContrôle posturalLe contrôle postural est la fonction par laquelle le système nerveux contrôle la position du corps dans l’espace, avec deux objectifs : l’orientation des segments les uns par rapport aux autres et par rapport à l’environnement, et l’équilibre.Lire la fiche complète : Contrôle postural [14], complété par le modèle de contrôle de la posture de Mergner, Maurer et Peterka [15]. Boonstra, Schouten et van der Kooij (Journal of NeuroEngineering and Rehabilitation, 2013) ont identifié la contribution différenciée des articulations de la cheville et de la hanche au contrôle de l’équilibre multi-segmentaire [16]. Horak (Age and Ageing, 2006) distingue, dans le contrôle postural, l’orientation de la posture et l’équilibre proprement dit [17].

[ÉTABLI] Ces modèles décrivent le contrôle de l’équilibre debout ou en perturbation. [PROPOSITION SBNFA] Le référentiel en tire une exigence pour l’assise : que les chaînes hanche–cheville droite et gauche puissent agir indépendamment, que le sujet dispose d’un périmètre dans lequel se déplacer, s’arrêter, se stabiliser puis repartir, et que la position de référence soit réglable.

Ce principe alimente la fonction 4 (régulation de l’équilibre posturalÉquilibre posturalL’équilibre postural est la capacité à maintenir ou à rétablir la projection du centre de masse à l’intérieur de la base d’appui, en situation statique comme en mouvement. En position assise, il met en jeu le tronc, le bassin et les hanches.Lire la fiche complète : Équilibre postural) et la fonction 6 (traitement et restitution de l’information mécanique). Sur ce second point, le référentiel est explicite : la proprioceptionProprioceptionLa proprioception est la capacité du corps à percevoir la position, le mouvement et l’effort de ses différentes parties, sans avoir besoin de les regarder.Lire la fiche complète : Proprioception n’est pas « produite » par l’assise. La question fonctionnelle est de savoir comment l’assise traite l’information mécanique que le corps lui donne — la bloquer, l’absorber, la traiter globalement ou y répondre localement, de manière différenciée et proportionnée. Le sujet reste l’inducteur du changement.

Principe de formulation : une assise ne « stimule » ni ne « commande » la proprioception d’un utilisateur. Elle peut, ou non, laisser sa boucle sensorimotrice fonctionner sans la bloquer ni s’y substituer.

6. Le potentiel d’adaptabilité en position assise

Les quatre principes convergent vers une notion que Blue Portance place au centre de son approche : le potentiel d’adaptabilité en position assise. Trois termes voisins doivent être distingués.

Le potentiel d’adaptabilité : l’espace des réponses encore accessibles
Illustration 4 — Le potentiel d’adaptabilité : l’espace des réponses encore accessibles. [PROPOSITION SBNFA] Le potentiel d’adaptabilité représente les possibilités de réponse encore accessibles ; le paysage est une représentation conceptuelle, sans axes mesurés. Ouvrir en pleine définition
TermeDéfinition dans ce dossierStatut
AdaptabilitéAdaptabilitéConcept intégrateur Blue Portance désignant la capacité du corps à ajuster son organisation posturale et ses réponses tissulaires face aux contraintes, tout en préservant équilibre, mobilité et répartition des charges.Lire la fiche complète : AdaptabilitéCapacité du sujet à faire évoluer son organisation posturale selon son état, la tâche, la douleur, la durée et les contraintes rencontrées. Elle s’exprime en situation, sous une forme posturale et une forme tissulaire (voir ci-dessous).Concept descriptif
Potentiel d’adaptabilitéEnsemble des possibilités d’adaptation réellement accessibles au sujet dans une situation donnée, compte tenu de ce que l’assise permet ou contraint : organisation posturale, équilibre et variation des contraintes exercées sur les tissus.[PROPOSITION SBNFA] Concept central du référentiel SBNFA ; opérationnalisé en premier lieu par les variables ADP-1 et ADP-2
Réserve adaptativeRéserve adaptativeLa réserve adaptative désigne, dans le SBNFA™, la marge fonctionnelle encore disponible permettant à un système biologique de modifier son organisation lorsqu'une contrainte ou une situation change.Lire la fiche complète : Réserve adaptative posturaleMarge fonctionnelle restante avant que les compensations ne s’épuisent.[PROPOSITION SBNFA] Concept du référentiel SBNFA

Le potentiel d’adaptabilité est donc ce que l’assise rend possible ou ce qu’elle réduit. Il ne se confond ni avec le confort, ni avec l’usage effectif du sujet : une capacité offerte n’est pas dépréciée parce que le sujet ne l’utilise pas. La fonction 1 du référentiel l’évalue par deux variables : ADP-1, qui interroge le pilotage du changement (l’assise suit-elle le sujet sans le bloquer, l’orienter ni s’y substituer ?), et ADP-2, qui interroge la résolution mécanique de l’interface (répond-elle aux adaptations de très faible amplitude, sans seuil, zone morte, cran ou rappel dominant ?).

Deux personnes utilisent deux assises. La première est équipée d’un mécanisme qui la ramène systématiquement vers un point central : elle bouge, mais suit la trajectoire du siège. La seconde peut changer d’organisation posturale dans plusieurs directions, s’arrêter où elle le souhaite et repartir. Le mouvement observé peut être comparable ; le potentiel d’adaptabilité offert ne l’est pas.

Adaptabilité posturale, adaptabilité tissulaire et boucle sensorielle

Dans le référentiel, l’adaptabilité est le concept intégrateur : la capacité du corps à ajuster son organisation posturale et ses réponses tissulaires face aux contraintes, tout en préservant équilibre, mobilité et répartition des charges. Elle a deux expressions à distinguer : l’adaptabilité posturaleAdaptabilité posturaleDans le référentiel SBNFA™, l’adaptabilité posturale désigne la capacité fonctionnelle d’une personne à ajuster en continu son organisation corporelle — la maintenir, la modifier, redistribuer ses appuis — en fonction de la tâche, de l’environnement, des appuis disponibles et de son état fonctionnel du moment.Lire la fiche complète : Adaptabilité posturale, ajustement de l’organisation du corps, et l’adaptabilité tissulaire, réponse des tissus aux sollicitations mécaniques. L’ajustement postural immédiat et l’adaptation tissulaire à plus long terme ne doivent pas être confondus.

Une boucle sensorielle, informationnelle et proprioceptive participe au processus qui permet l’adaptation : mouvement corporel, information mécanique transmise à l’assise, réponse de l’assise, retour sensoriel vers le corps, ajustement sensorimoteur. L’assise ne produit pas la proprioception : elle traite l’information mécanique que le corps lui donne, micromouvements compris, et peut y répondre sans délai, ou non. Cette dimension n’est donc pas une troisième adaptabilité : c’est un mécanisme transversal de l’ajustement. La fonction 6 en est l’expression la plus directe, et le quatrième principe, la régulation autonome, en est le fondement : le corps ajuste constamment sa posture à partir de ses retours sensoriels.

Du vivant à l’assise : deux expressions de l’adaptabilité reliées par une boucle sensorielle
Illustration 5 — Du vivant à l’assise : deux expressions de l’adaptabilité reliées par une boucle sensorielle. [PROPOSITION SBNFA] Adaptabilité posturale et adaptabilité tissulaire : deux expressions reliées par une boucle sensorielle et proprioceptive transversale. Ouvrir en pleine définition

Trois dimensions de lecture, transversales

Trois dimensions de lecture, transversales, permettent de lire les sept fonctions sans les remplacer ni les redistribuer : la dimension posturale ou biomécanique (organisation du corps, degrés de liberté, équilibres accessibles), la dimension sensorielle, informationnelle et proprioceptive, et la dimension tissulaire (contraintes, variation et redistribution, réponses des tissus). Une fonction peut en mobiliser plusieurs : la fonction 1 les traverse toutes, puisque le potentiel d’adaptabilité concerne à la fois l’organisation posturale, l’équilibre et la variation des contraintes exercées sur les tissus.

NiveauQuestionContenu
Concept intégrateurQue cherche-t-on à préserver ?L’adaptabilité : la capacité à continuer à s’ajuster face aux contraintes
Deux expressionsQu’est-ce qui s’adapte ?L’organisation posturale (adaptabilité posturale) ; les tissus en appui (adaptabilité tissulaireAdaptabilité tissulaireDans le référentiel SBNFA™, l’adaptabilité tissulaire désigne la capacité fonctionnelle des tissus, notamment des fascias, à modifier leur configuration mécanique sous l’effet des contraintes, à redistribuer ces contraintes, à récupérer après décharge et à évoluer dans le temps sans perdre durablement leurs possibilités de déformation et de glissement.Lire la fiche complète : Adaptabilité tissulaire)
Trois dimensions de lecturePar quels processus fonctionnels ?Posturale ou biomécanique ; sensorielle, informationnelle et proprioceptive ; tissulaire
Structure opérationnelleComment l’observer et la coter ?Sept fonctions, dix-neuf variables d’état, échelle de 0 à 4 ou ND — inchangées

[PROPOSITION SBNFA] Ces niveaux de lecture n’ajoutent, ne retirent ni ne redistribuent aucune fonction ni aucune variable, et ne font l’objet d’aucune cotation : ils servent de grille d’explication du référentiel.

Le chapitre 4 (benchmark des six assises dynamiques) applique cette notion à une architecture d’assise précise, l’ExoBase Aporia®, et indique ce que cette architecture rend possible, avec ses limites. La manière dont ces capacités se conditionnent entre elles est décrite au chapitre 3 (analyse structurelle des dix-neuf variables) et lue au chapitre 4 (lecture systémique du benchmark). Le lien entre adaptabilité tissulaire et douleur lombaire est abordé plus largement dans l’article Adaptabilité tissulaire et mal de dos.

7. Des principes aux fonctions

Chacune des sept fonctions du référentiel est rattachée au principe dont elle constitue la traduction opératoire principale. Elle peut contribuer à d’autres principes, mais elle n’est décrite et évaluée qu’une seule fois, afin d’éviter tout double comptage.

Principe fondateurFonction(s) rattachée(s)Variables de la grille
Variabilité motrice1. Préservation du potentiel d’adaptabilité ; 2. Gestion des compensationsADP-1, ADP-2 ; COM-1, COM-2
Flux tissulaires5. Gestion et variabilité des contraintes mécaniquesCON-1, CON-2
Indépendance segmentaire3. Mobilité du bassinMOB-1, MOB-2, MOB-3
Régulation autonome4. Régulation de l’équilibre postural ; 6. Traitement et restitution de l’information mécaniqueEQU-1, EQU-2, EQU-3 ; INF-1, INF-2, INF-3
Compression externe prolongée (catégorie spécifique)7. Préservation tissulairePRE-1, PRE-2, PRE-3, PRE-4

La septième fonction ne relève pas d’un des quatre principes : elle répond à la contrainte propre de l’assise, qui impose une compression externe durable. Elle est construite exclusivement à partir de ce que l’assise offre ; les phénomènes biologiques — mécanotransductionMécanotransductionLa mécanotransduction est le processus par lequel une cellule convertit une sollicitation mécanique, comme un étirement, une pression ou un cisaillement, en signaux biochimiques qui modifient son activité.Lire la fiche complète : Mécanotransduction, fluage, reperfusion, ischémie, glissement entre plans tissulaires — en sont les effets attendus ou les mécanismes explicatifs, et ne deviennent pas des variables supplémentaires [1].

8. Ce que la littérature établit, ce que le référentiel en tire

Ce tableau résume, pour chaque principe, ce que la littérature établit et ce que le référentiel en tire pour l’assise.

PrincipeSocle documentéCe que la littérature établitCe que le référentiel en tire pour l’assise
Variabilité motriceBernstein ; Stergiou ; Pynt[ÉTABLI] Le mouvement humain est coordonné par gestion de degrés de liberté ; la variabilité est étudiée comme caractéristique de systèmes sains[PROPOSITION SBNFA] Exigences de degrés de liberté, de micro-mouvements et de pilotage par le sujet (fonctions 1 et 2)
Flux tissulairesLandis ; Occhipinti ; Langevin 2011 ; Lengsfeld[ÉTABLI] Compression, perfusion et glissement tissulaire sont des paramètres pertinents[PROPOSITION SBNFA] Exigences de répartition et de variation des pressions (fonction 5) et de préservation tissulaire sous appui (fonction 7) ; aucun seuil d’ischémie n’en est déduit
Indépendance segmentaireHasegawa & Dubousset ; Barrey ; Vleeming[ÉTABLI] Le bassin est un relais central de la chaîne de compensation ; l’articulation sacro-iliaque a un rôle fonctionnel dans le transfert des charges[PROPOSITION SBNFA] Exigences de mobilité du bassin dans les trois plans (fonction 3) et de rotulation rachis–pelvis (COM-2) ; l’incidence pelvienne n’est pas modifiable par l’assise
Régulation autonomePeterka ; Mergner ; Boonstra ; Horak ; Hasegawa & Dubousset[ÉTABLI] Le contrôle postural intègre plusieurs sources sensorielles et chaînes hanche–cheville[PROPOSITION SBNFA] Exigences d’indépendance droite/gauche, de périmètre de latitude et de point zéro réglable (fonctions 4 et 6) ; cône d’économieCône d’équilibreLe cône d’équilibre désigne, dans le SBNFA™, l’espace fonctionnel dans lequel le corps peut déplacer son centre de masse, s’arrêter, rester stable puis repartir, et répondre à une perturbation sans perdre le contrôle de sa posture.Lire la fiche complète : Cône d’équilibre transposé fonctionnellement

[PROPOSITION SBNFA] Les principes organisent des phénomènes documentés en exigences pour l’assise. [PERSPECTIVE] Les mesures instrumentées permettront d’affiner cette transposition.

Questions fréquentes

Pourquoi rester assis longtemps sans bouger pose-t-il problème ?

Parce que le corps vivant fonctionne par ajustements continus. Assis et immobile, les mêmes zones d’appui restent comprimées, les micro-ajustements se raréfient et l’alternance entre compression et décompression des tissus disparaît. Une assise qui laisse le bassin bouger et les appuis varier restitue une partie de cette variabilité, sans imposer de mouvement.

S’asseoir accroupi ou en tailleur est-il plus naturel ?

Ces positions naturelles conservent davantage de capacité de réglage : les Hadza de Tanzanie passent une part notable de leur repos accroupis, avec une activité musculaire supérieure à celle observée sur une chaise (Raichlen et al., PNAS, 2020). Le référentiel n’en conclut pas qu’une assise doit les reproduire, mais qu’elle doit en préserver les propriétés : variabilité, indépendance des segments et régulation active.

Pourquoi parler de « principes fondateurs » ?

C’est l’expression du référentiel SBNFA™ pour désigner quatre principes d’organisation observés dans les positions naturelles : variabilité motrice, flux tissulaires, indépendance segmentaire, régulation autonome. Ce sont des principes fondateurs qui expliquent pourquoi chaque fonction est évaluée ; ils ne sont pas eux-mêmes cotés.

Les positions naturelles prouvent-elles qu’une assise doit s’en inspirer ?

Non. Le référentiel pose qu’une analogie avec les positions naturelles n’est pas une preuve : elle identifie des fonctions à instruire, dont chaque mécanisme et chaque effet attendu doivent être documentés selon leur propre niveau de preuve.

Que sont l’adaptabilité posturale, l’adaptabilité tissulaire et la boucle sensorielle ?

L’adaptabilité est le concept intégrateur : la capacité du corps à ajuster son organisation posturale et ses réponses tissulaires face aux contraintes. L’adaptabilité posturale concerne l’organisation du corps, l’adaptabilité tissulaire la réponse des tissus en appui. La boucle sensorielle et proprioceptive n’est pas une troisième adaptabilité : c’est le mécanisme par lequel l’information mécanique permet l’ajustement. L’assise ne produit pas la proprioception, elle traite l’information que le corps lui donne.

Qu’est-ce que le potentiel d’adaptabilité en position assise ?

C’est l’ensemble des possibilités d’adaptation posturale réellement accessibles au sujet dans une situation donnée, compte tenu de ce que l’assise permet ou contraint. C’est le concept central du référentiel SBNFA, opérationnalisé par les variables de la fonction 1.

Une assise peut-elle améliorer la proprioception ?

Le référentiel ne le formule pas ainsi. La proprioception n’est pas produite par l’assise : celle-ci traite l’information mécanique que le corps lui donne, en la bloquant, l’absorbant ou en y répondant localement. La grille évalue cette fidélité de traitement, non un effet sur la proprioception.

Le rapport de 90° entre bassin et fémur est-il une norme ?

Non. Il n’est pas retenu comme norme établie : c’est une hypothèse fonctionnelle à individualiser selon l’incidence pelvienne, paramètre morphologique que l’assise ne modifie pas.

Références bibliographiques

L’apport et la portée de chaque source sont précisés au chapitre 6 (bibliographie commentée). Une référence associée à une variable documente un phénomène ; elle ne valide pas la variable.

  1. Blue Portance, 2026 (a) — Référentiel SBNFA™ d’évaluation des dispositifs d’assise — Partie I : cadre scientifique et méthodologique. Document interne, version du 3 août 2026.
  2. Raichlen et al., 2020 — Sitting, squatting, and the evolutionary biology of human inactivity. Proceedings of the National Academy of Sciences, 117(13), 7115–7121.
  3. Bernstein, 1967 — The co-ordination and regulation of movements. Pergamon Press.
  4. Stergiou et al., 2006 — Optimal movement variability: a new theoretical perspective for neurologic physical therapy. Journal of Neurologic Physical Therapy, 30(3), 120–129.
  5. Stergiou & Decker, 2011 — Human movement variability, nonlinear dynamics, and pathology: is there a connection?. Human Movement Science, 30(5), 869–888.
  6. Pynt, 2015 — Rethinking design parameters in the search for optimal dynamic seating. Journal of Bodywork and Movement Therapies, 19(2), 291–303.
  7. Occhipinti et al., 1993 — Criteria for the ergonomic evaluation of work chairs. La Medicina del Lavoro, 84(4), 274–285.
  8. Landis, 1930 — Micro-injection studies of capillary blood pressure in human skin. Heart, 15, 209–228.
  9. Lengsfeld et al., 2000 — Spinal load changes during rotatory dynamic sitting. Clinical Biomechanics.
  10. Langevin et al., 2011 — Reduced thoracolumbar fascia shear strain in human chronic low back pain. BMC Musculoskeletal Disorders, 12, 203.
  11. Hasegawa & Dubousset, 2022 — Cone of economy with the chain of balance: historical perspective and proof of concept. Spine Surgery and Related Research, 6(4), 337–349.
  12. Barrey et al., 2013 — Compensatory mechanisms contributing to keep the sagittal balance of the spine. European Spine Journal, 22(Suppl. 6), S834–S841.
  13. Vleeming et al., 2012 — The sacroiliac joint: an overview of its anatomy, function and potential clinical implications. Journal of Anatomy, 221(6), 537–567.
  14. Peterka, 2002 — Sensorimotor integration in human postural control. Journal of Neurophysiology, 88(3), 1097–1118.
  15. Mergner, Maurer & Peterka, 2002 — Sensory contributions to the control of stance: a posture control model. Advances in Experimental Medicine and Biology, 508, 147–152.
  16. Boonstra, Schouten & van der Kooij, 2013 — Identification of the contribution of the ankle and hip joints to multi-segmental balance control. Journal of NeuroEngineering and Rehabilitation, 10, 23.
  17. Horak, 2006 — Postural orientation and equilibrium: what do we need to know about neural control of balance to prevent falls?. Age and Ageing, 35(Suppl. 2), ii7–ii11.

Dossier SBNFA™ · Version 1.1 · 5 octobre 2026 · © Blue Portance.