1. De la stabilité imposée à la stabilité adaptable
Tout d’abord, une posture stable n’est pas nécessairement immobile. Une assise peut autoriser plusieurs configurations. Toutefois, celles-ci doivent rester stabilisables pour que cette possibilité soit fonctionnellement utile. En effet, la stabilité fonctionnelle implique une capacité d’ajustement, pas seulement une variété de positions accessibles.
Une assise dynamique stable préserve la mobilité indépendante des régulateurs droite et gauche de l’équilibration humaine : les hanches et les chevilles. Elle permet ainsi au sujet d’accéder à plusieurs configurations d’équilibre dans un cône de stabilité.
2. L’assise comme support mécanique et sensoriel
Par ailleurs, une assise peut être décrite comme un support mécanique et une surface de contact. Elle constitue aussi un environnement qui modifie les appuis. Enfin, elle peut influencer les informations tactiles et proprioceptives déjà décrites en détail en B3 à B6. Ce chapitre ne reprend pas ces mécanismes. Il se limite à les mobiliser lorsqu’ils éclairent l’assise elle-même.
Ainsi, la forme, la fermeté et la mobilité du siège modifient les conditions mécaniques de contact. Par leur intermédiaire, elles peuvent modifier les activités afférentes susceptibles de contribuer à l’estimation corporelle.
3. Modifier les appuis et les conditions d’échantillonnage
En outre, un mouvement modifie les contacts et les appuis. Il change les conditions d’échantillonnage sensoriel décrites en B9. À ce titre, il peut produire, renouveler ou préciser certaines informations. Ainsi, les conséquences sensorielles du mouvement peuvent contribuer à l’actualisation de l’estimation corporelle et aux ajustements suivants.
Toutefois, il faut éviter de dire que le sujet « vérifie » nécessairement sa stabilité à chaque ajustement. Cette fonction exploratoire explicite, déjà discutée avec prudence en B9, n’est pas démontrée pour chaque ajustement postural observé sur une assise.
4. Assise dynamique stable et assise dynamique instable
Plus précisément, le référentiel SBNFA™ distingue deux registres qu’il convient de ne pas confondre :
L’assise dynamique stable préserve la liberté de mouvement des quatre régulateurs de l’équilibration humaine : hanche droite, hanche gauche, cheville droite et cheville gauche. Chacun doit pouvoir réaliser des ajustements différenciés en amplitude et en direction, tandis que leur coordination est pilotée en permanence par la boucle sensorielle. À l’inverse, une assise devient instable dès lors qu’elle immobilise ou solidarise ces régulateurs et empêche leurs ajustements différenciés et coordonnés.
En effet, cette définition ne repose pas sur l’opposition entre mouvement choisi et mouvement subi. Elle ne repose pas non plus sur la seule capacité du support à offrir des configurations stabilisées. Au contraire, elle associe deux conditions complémentaires : la liberté d’ajustement de chaque hanche et de chaque cheville, et la coordination sensorielle permanente de leurs actions. Toutefois, cette coordination ne constitue pas une solidarisation mécanique. Elle permet au contraire d’organiser des ajustements différenciés en fonction de l’état du corps et des contraintes rencontrées. Comme l’illustre la figure 2, indépendance des régulateurs et coordination de leurs ajustements sont donc indissociables dans l’équilibration humaine.
5. Compatibilité avec la tâche
Par ailleurs, la relation entre mobilité et activité dépend de la tâche en cours. Elle dépend notamment de la précision gestuelle, de la lecture et du travail sur écran. L’exigence attentionnelle et le besoin de stabilité visuelle interviennent également. Enfin, la durée de l’activité et la capacité de contrôle propre à l’utilisateur influencent la mobilité qui peut être exploitée sans coût excessif.
Une mobilité fonctionnelle est une mobilité compatible avec la tâche, et non une mobilité maximale.
6. Distinguer les niveaux d’effet et de preuve
Tout d’abord, évaluer une assise dynamique suppose de distinguer plusieurs niveaux, souvent confondus dans le discours courant. Il s’agit de la variation d’appui, de la modification de pression et de la modification des déformations tissulaires. S’y ajoutent l’activité afférente éventuelle, l’effet sensorimoteur éventuel et l’expérience subjective. Enfin vient le bénéfice clinique éventuel. Chacun de ces niveaux requiert ses propres données. Ainsi, la démonstration d’un niveau ne vaut pas démonstration des niveaux suivants.
Par exemple, une étude a porté sur des personnes avec lésion médullaire et des sujets valides. Dans un protocole précis de soulagement de pression par bascule mécanique automatisée, elle a mesuré des modifications de la pression d’interface. Elle a également mesuré la perfusion tissulaire sous-jacente (Makhsous et al., 2007). Toutefois, ce résultat concerne un protocole et une population précis. Il ne constitue ni une preuve du dialogue sensorimoteur au sens du référentiel SBNFA, ni une validation de toutes les assises dynamiques.
Une variation d’appui est un événement mécanique. Toutefois, une variation de pression ne démontre pas à elle seule une amélioration de la perfusion. De même, une modification mécanique ne démontre pas un renouvellement sensoriel utile. Enfin, un effet sensorimoteur éventuel ne démontre pas un bénéfice clinique.
Enfin, la question de la perfusion tissulaire reste secondaire dans ce chapitre et relève, pour son traitement approfondi, des dossiers consacrés à la circulation et aux tissus, pas de ce sous-dossier.
7. Évaluer sans créer un référentiel concurrent
En premier lieu, les catégories qui suivent ne constituent pas un nouveau référentiel parallèle au SBNFA. Elles distinguent des types de mesures susceptibles d’être mobilisées dans une évaluation. Toutefois, elles ne remplacent pas le cadre d’évaluation complet de Blue Portance. Les mesures mécaniques incluent notamment la pression d’interface, la surface de contact, l’amplitude et la direction des déplacements. Elles incluent aussi l’inclinaison et la fréquence des transferts d’appui. Par ailleurs, les mesures posturales incluent l’orientation du bassin et les mouvements du tronc. Elles incluent aussi le retour vers une configuration stabilisée, la répétabilité de la relation entre mouvement et réponse et la stabilité de la tâche. De plus, les mesures comportementales incluent les erreurs de tâche et les perturbations de la précision. Elles incluent aussi les interruptions, les modifications spontanées de position et, lorsqu’il est mesuré, le coût attentionnel. Enfin, les mesures subjectives incluent le confort, l’inconfort, la sensation de stabilité, la fatigue perçue, la liberté de mouvement et le besoin de changer de position.
Par conséquent, les expressions « possibilité d’explorer » ou « lisibilité des conséquences » doivent être reliées à des indicateurs observables plutôt que laissées à l’état de principes généraux :
Une relation action–réponse est d’autant plus lisible qu’un mouvement donné produit une conséquence stable, répétable et observable dans les appuis ou la posture.
En somme, l’évaluation complète d’une assise doit être conduite selon le référentiel SBNFA. Les catégories proposées ici servent uniquement à relier les mécanismes sensorimoteurs décrits dans ce sous-dossier aux dimensions mesurables de cette évaluation.
8. Ce que B12 ne permet pas d’affirmer
- L’assise dynamique ne corrige pas automatiquement la posture.
- Une assise mobile n’est pas nécessairement stable.
- Une plus grande mobilité ne garantit pas une meilleure perception.
- La variation d’appui ne prouve pas un renouvellement sensoriel utile.
- La diminution de pression ne prouve pas une diminution de douleur.
- Un effet mécanique ne prouve pas un bénéfice clinique.
- Enfin, l’assise dynamique n’est pas validée pour tous les utilisateurs par les études disponibles.
En effet, une revue systématique a porté sur l’assise dynamique et la lombalgie. Elle a conclu que les données disponibles ne permettent pas d’établir clairement son efficacité comme approche autonome. Cette conclusion concerne la prévention ou la prise en charge de la lombalgie (O’Sullivan et al., 2012). Ce résultat illustre concrètement la distinction posée à la section 6 entre un effet mécanique ou sensorimoteur plausible et un bénéfice clinique démontré.
9. Application à l’assise
L’assise dynamique stable peut offrir un environnement dans lequel plusieurs configurations d’appui sont accessibles et stabilisables. L’intérêt fonctionnel dépend de la capacité de l’utilisateur à exploiter ces possibilités sans augmentation excessive du coût mécanique, attentionnel ou fonctionnel.
Toutefois, cette conclusion appelle plusieurs précisions. Les études disponibles ne portent pas toutes sur l’assise. Plusieurs des mécanismes mobilisés dans ce sous-dossier (repondération en B8, exploration active en B9) s’appuient sur des données obtenues en station debout. Leur transposition à l’assise reste une hypothèse, pas une démonstration. Par conséquent, les études de station debout ne démontrent pas directement les effets d’un siège. Les effets varient selon le sujet, le support et la tâche, ce qui limite toute généralisation normative. Enfin, la possibilité mécanique qu’offre un support ne garantit pas son utilisation sensorimotrice effective par un utilisateur donné.
10. Ce qu’il faut retenir
- La stabilité fonctionnelle d’une assise implique une capacité d’ajustement, pas seulement une variété de positions accessibles.
- L’assise est à la fois un support mécanique et une condition susceptible d’influencer les informations tactiles et proprioceptives déjà décrites dans ce sous-dossier.
- Le mouvement modifie les conditions d’échantillonnage sensoriel et peut produire, renouveler ou préciser des informations, sans que cela suppose une vérification consciente de la stabilité.
- L’assise dynamique stable préserve la liberté d’ajustement des quatre régulateurs de l’équilibration humaine : les deux hanches et les deux chevilles. Parallèlement, la boucle sensorielle en coordonne les actions. Une assise devient instable lorsqu’elle immobilise ou solidarise ces régulateurs et empêche leurs ajustements différenciés et coordonnés.
- Une mobilité fonctionnelle est une mobilité compatible avec la tâche, pas une mobilité maximale.
- Variation d’appui, modification de pression, activité afférente, effet sensorimoteur, expérience subjective et bénéfice clinique constituent des niveaux distincts, qu’aucune donnée ne permet de confondre.
- Les catégories de mesures mécaniques, posturales, comportementales et subjectives servent à relier les mécanismes sensorimoteurs à l’évaluation, sans se substituer au référentiel SBNFA.
Une synthèse fonctionnelle sans promesse clinique
En somme, une assise dynamique stable ne doit ni immobiliser le sujet dans une configuration unique ni l’exposer à une instabilité permanente. Elle doit préserver la liberté d’ajustement des deux hanches et des deux chevilles. Elle doit permettre leur coordination par la boucle sensorielle. Enfin, elle doit favoriser l’alternance des appuis et rester compatible avec la tâche. Par ailleurs, son évaluation doit distinguer les conditions mécaniques, les réponses posturales, les effets sensorimoteurs éventuels, le ressenti et les bénéfices cliniques, sans les confondre.
Enfin, ce chapitre referme le sous-dossier Flux sensoriels (B1 à B12). Il va du signal mécanique (B2) aux sources sensorielles multiples (B3 à B6). Puis, il conduit de leur intégration (B7) à leur pondération (B8). Il relie ensuite le rôle actif du mouvement (B9) à la transformation de l’information dans la durée (B10, B11). Enfin, il aboutit à l’assise dynamique stable elle-même, dont l’évaluation renvoie désormais au référentiel SBNFA.
Références scientifiques
Effets mécaniques et cliniques de l’assise dynamique
- Makhsous, M., Priebe, M., Bankard, J., Rowles, D., Zeigler, M., Chen, D., & Lin, F. (2007). Measuring tissue perfusion during pressure relief maneuvers: insights into preventing pressure ulcers. Journal of Spinal Cord Medicine, 30(5), 497–507. PMID: 18092567.
- O’Sullivan, K., O’Keeffe, M., O’Sullivan, L., O’Sullivan, P., & Dankaerts, W. (2012). The effect of dynamic sitting on the prevention and management of low back pain and low back discomfort: a systematic review. Ergonomics, 55(8), 898–908. PMID: 22506694.
